You say you want  revolution

You say you want revolution

Vincent Vanoli, dessinateur lorrain vivant à mi-temps à Strasbourg, présente, à la librairie Le Tigre, son nouvel ouvrage en clair-obscur, Simirniakov, conte historico-farfelu charbonneux se déroulant durant un hiver russe de la première moitié du XIXe siècle. # Emmanuel Dosda

Comme Rocco et la toison, L’Usine électrique ou L’OEil de la Nuit, Simirniakov décrit l’errance d’un personnage éponyme, propriétaire terrien fatigué de ses responsabilités vis-à-vis de ses serfs. Pour une fois, il s’agit d’une personne certes égarée, mais fortunée…

Le point commun, c’est aussi qu’ils cherchent un “bon endroit”. Ici, c’est le souvenir d’enfance. Il est riche, ce Simirniakov, mais c’est une bonne pâte : un grand propriétaire russe, mais brave type, à l’ancienne, aveuglé par l’atavisme, sûr que ses serfs sont comme lui, de braves gens et qu’ils ont beaucoup en commun. Il ne se rend pas compte qu’il valide une injustice sociale qui ne peut que finir par une révolution. Il est malgré tout réfractaire au soit disant progrès qui a tendance à tout vouloir planifier, contrôler. Cette BD est une ode à la paresse, au refus des responsabilités. Simirniakov se pose tout de même des questions : il n’est pas idiot et sent que les temps changent, qu’il se passe quelque chose. Il voudrait peut-être y mettre un doigt, mais n’a surtout pas envie d’en foutre une rame ! Tout comme ses paysans… L’histoire va les emporter. Ici, ça se passe un peu après 1850, une poignée d’années avant l’abolition du servage en Russie.

Vous êtes un grand amateur de musique, mais n’avez jamais réalisé d’ouvrages sur le sujet (comme Bourhis, Luz ou Berberian*), même si les Beatles sont souvent cités dans Simirniakov. À quand un livre sur un thème pop ?

Je ne sais pas, une BD juste sur la pop, ça me semble plutôt restrictif, mais pourquoi pas, il faudrait trouver un angle. Mais on peut faire des citations musicales ou ça peut être musical dans les ambiances sans que ça soit non plus le sujet principal. L’idée de mettre des chansons des Beatles, entre autres, c’est pour empêcher le livre d’être une reconstitution historique rigoureuse comme il y en a tant. Certes, l’idée était de faire un roman russe mais c’est toujours pareil : depuis les Monthy Python rien n’est plus comme avant.

Lorsqu’un protagoniste dit à un autre : « Tu te rends compte que depuis le début de cette séquence, tu as le bras levé ? », c’est une manière de prendre du recul par rapport à votre narration ?

Ah, là, dans cette BD, je voulais quelque chose de polyphonique avec des tas de personnages secondaires qui la ramènent au sujet de tout et n’importe quoi. Au gré des pages, si une idée débile me vient, ça fait l’affaire, là avec des personnages qui râlent, picolent, débloquent, c’est raccord. Toujours ce décalage à la Monty Python, ou inspiré par les blagues potaches dans Astérix.

Dans cette histoire, le personnage le plus lucide, le cheval, parle des « pauvres gueux » qui sont méprisés. Peut-on y voir une résonnance avec l’actualité sociale française ?

Un animal pour servir de contrepoint à un personnage principal et ces deux-là sont de vieux amis : quand l’un pisse contre le vent l’autre ne le rate jamais. Sinon, je pensais aux pauvres gueux de toutes les époques. C’est une citation d’une phrase accompagnant un dessin de Jacques Callot en fait. Mais en France, en Europe, dans le monde aujourd’hui, ça résonne avec le néo-libéralisme en roue libre qui fabrique de l’injustice. J’avais fini cette BD quelques mois avant l’arrivée des Gilets Jaunes, mais il y a quelque chose dans l’air du temps.

Dans Simirniakov, on trouve de grandes planches très détaillées : un hommage à Grünewald ou Bosch ?

Plutôt Brueghel : je suis sensible à la manière dont il approche le thème populaire, les paysages aussi.

Croyez-vous en la “théorie du ruissellement” ?

Je n’avais jamais entendu parler de cette théorie et puis elle est apparue tout d’un coup et franchement, quel cynisme : avec cette théorie, les riches ont le droit de rester riches et les pauvres peuvent rester pauvres. Je serais d’accord pour un ruissellement à l’envers : que la misère et la détresse des uns ruissellent et empêchent de dormir un peu plus ceux qui profitent du système.


Dédicace de Vanoli à la librairie Le Tigre, le 06/07 (15h-18h30)

librairie-letigre.fr

Simirniakov, édité par L’Association

lassociation.fr

vincent-vanoli.fr

*Playlist de Charles Berberian, réédité en version Deluxe par Hélium, avec ses héros ou amis Bastien Lallemant, Bertrand Burgalat, David Bowie ou Nick Cave)

helium-editions.fr

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