Un animal des animaux

© Mathieu Bertola / Musées de Strasbourg

Un animal des animaux

Dépêchons-nous de (re)visiter les fascinantes collections du Musée zoologique qui fermera ses portes fin septembre pour ré-ouvrir en 2022 après des travaux de restructuration. Va-t-il perdre de son charme suranné ? Enquête du rez-de-chaussée aux combles de l’institution. # Emmanuel Dosda

La nouvelle nous fait d’abord l’effet de l’inhalation d’une forte dose de vapeur de formol et nous renverse l’estomac : le Musée zoologique va être totalement remodelé ! Fini les sols qui couinent dans un séduisant grincement, les vitrines tremblant lorsque les pas des enfants sont trop marqués, les décors en polystyrène s’effritant et les parcours de visites complexes à s’y perdre… Nous ne cachons pas notre tendresse pour cet endroit chargé d’histoires (naturelles), hors du temps, qui semble être resté dans son jus depuis 1893, en cette bâtisse de la Neustadt appartenant à l’Université de Strasbourg. L’esprit de Jean Hermann (1738-1800), botaniste dont le cabinet a servi de socle à la collection, va-t-il s’arrêter de souffler dans ses sombres couloirs ? Marie-Dominique Wandhammer, conservatrice en chef, n’y va pas par quatre chemins forestiers, balayant tout élan nostalgique par cette évidence pragmatique : « Le bâtiment est en train de crever et la scénographie, faite de bric et de broc décennie après décennie, n’est plus du tout adaptée aux exigences actuelles. Poussiéreux et peu interactif, il mérite une nécessaire rénovation ! » L’enjeu ? Préserver son âme – notamment en conservant le parquet, le mobilier et bien sûr le majestueux escalier – tout en restructurant son espace et en accroissant sa surface d’exposition.

La rénovation de ce lieu atypique à double tutelle – car faisant partie de l’Unistra et du réseau des Musées strasbourgeois – s’inscrit dans la création d’un Pôle Science, Culture et Société rassemblant le Planétarium, les musées de géologie, de minéralogie et de paléontologie ainsi que le jardin de l’Université, la gypsothèque ou encore la station de sismologie. Pour gagner en surface, le parcours sera totalement revu, notamment en occupant le rez-de-chaussée aujourd’hui sous-exploité, qui accueillera la bibliothèque. Les mètres carrés gagnés permettront de rendre la visite plus cohérente, avec des “manques” qui seront comblés : « Les trois quarts des familles animales ne sont hélas pas représentées dans la configuration d’aujourd’hui », regrette Marie- Dominique Wandhammer. Une incursion dans les combles du musée révèle bien des surprises : 90% des objets conservés dorment dans l’obscurité des réserves. Oiseaux de toutes sortes, squelettes d’éléphant ou de rhinocéros jonchant le sol, trophées de chasse d’un autre temps, renards “humanisés” portant des lampes, trésors d’entomologie confinés, spécimens rares de faune naturalisée…

© Mathieu Bertola / Musées de Strasbourg

Le clou de ce spectacle visuel ? Une fantastique série d’invertébrés marins en verre translucide créée par Léopold (1822-1895) et son fils Rudolf (1857-1939) Blashka. Des modèles d’une infinie finesse relevant autant de l’ouvrage d’Art que du document scientifique illustrant les stades de développement des mollusques. La scénographie « actuellement trop figée » permettra de mettre toutes ces pièces en pleine lumière, aux côtés des carnivores, insectes ou rapaces (la salle qui leur est dédiée est depuis trop longtemps fermée au public) et les « totems » du musée : le coelacanthe, poisson d’1,20 mètres de longueur, le morse du Groenland, le lion de l’Atlas (ayant la particularité de loucher) ou encore le grand pingouin des Mers du Nord collecté en 1760 ! Les quelque 2 000 m2 d’espaces d’exposition, sur deux étages, feront le focus sur différentes thématiques pouvant changer tous les trois ans : la diversité animale (expo permanente), l’écosystème du Rhin, la science en laboratoire (avec l’études des fourmis et abeilles) ou l’Océan pacifique. Enfin, le musée strasbourgeois va pouvoir sortir de sa bulle zoo-scientifique et nostalgique.


LES CHIFFRES

5 750 m2 sont concernés par ces grands travaux : 2 600 m² dédiés au musée, dont 2 000 m² d’expositions et 600 m² d’espaces connexes, 500 m² de bureaux, 1 700 m² utiles de réserves et d’espaces logistico-techniques, 550 m² de locaux d’enseignement, 400 m² de locaux techniques

Coût global du projet se monte à 13 000 000

Part de l’Université 10 000 000

Part de la Ville de Strasbourg 3 000 000


Musée Zoologique de Strasbourg (fermeture du 23 septembre 2019 à fin

2022), 29 boulevard de la Victoire 

musees.strasbourg.eu

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