Teenage Fantasy

Teenage Fantasy

Nous avons poussé le portail du Lycée Kléber afin d’assister à une représentation de Fake1, pièce écrite spécifiquement pour les ados par Claudine Galea2, artiste associée au TNS. Très bel accueil pour un troublant spectacle ancré dans l’époque contemporaine. # Emmanuel Dosda

Devant l’entrée principale de Kléber, une foule de jeunes se presse pour pénétrer dans l’enceinte de l’établissement, souvent les yeux rivés sur leur portable. Une classe de seconde générale et une autre de première STMG venue de Pasteur se massent devant l’amphithéâtre dans un sympathique brouhaha. Cheveux décolorés, looks hyper-étudiés ou sportswear cool, ça tchatche dans une ambiance un peu dissipée jusqu’au moment où le spectacle conçu par Rémy Barché (promo 37 de l’école du TNS) commence. On se croirait au ciné, le metteur en scène ayant choisi de présenter deux chambres d’adolescentes côte à côte, « à la manière d’un split-screen ». Sur le plateau (de fortune), deux lits (surmontés d’écrans) où un duo de filles se prélasse, un ordi posé sur la couette. Des inscriptions s’affichent : « Pour toi for You prête à tout » ou « My love My love My love ». LAM (comme L’AMoureuse, jouée par Thalia Otmanetelba, promo 42) est total in love d’un Anglais rencontré sur les réseaux sociaux. Beau gosse (d’après les photos qu’il poste sur sa page), membre d’un groupe de rock, Erik (avec un K, comme fake) est l’objet de tous les fantasmes de la jeune femme. On comprendra que l’éphèbe musicien est un avatar créé par MA (comme Meilleure Amie, interprétée par Hélène Morelli, promo 43) qui veut renouer avec sa copine de toujours qu’elle perd peu à peu, l’une s’intéressant aux garçons, aux histoires de « cœurs qui se font et se défont », l’autre préférant la musique, la littérature… et l’écriture.

 

 

« Tu es puissante quand tu écris. Tu n’es jamais seule quand tu écris. Tu peux tout faire quand tu écris », se dit MA, consciente de son pouvoir, planquée derrière son clavier. Bien sûr, LAM découvrira la supercherie de son amie, dans les pleurs et les cris. Claudine Galea, romancière et auteure pour le théâtre, a conçu un récit d’adolescence, âge « du vertige et de la brûlure ». Selon l’écrivaine, l’amour – « l’Art de rendre l’autre fou » – passe par le corps, mais aussi par le langage. La manipulation fait partie d’un jeu amoureux… parfois périlleux. fin de la représentation. Les comédiennes saluent l’assistance tandis que certains sèchent leurs larmes. Chacun retrouve ses esprits : la conversation avec les spectateurs commence et les remarques fusent. « MA est jalouse d’elle-même, du personnage qu’elle a inventé. Elle est prisonnière de son propre piège », remarque une élève. Claudine Galea acquiesce : « Dans l’amour, on se met en danger… On est à la fois bourreau et victime. » Les langues se délient, la discussion s’anime… Les élèves semblent prêts pour les ateliers à venir durant lesquels ils travailleront avec des comédiens intervenants3 afin de monter une petite forme à présenter à leurs camarades. Le temps de transmettre leur expérience du théâtre.

tns.fr

1 Pièce écrite et montée dans le cadre du programme éducation & Proximité, Fake a été jouée fin 2018 à Reims (en partenariat avec La Comédie de Reims) et à Paris (avec La Colline). À Strasbourg, les Lycées concernés sont Oberlin, Marie Curie, Pasteur et Kléber
2 Claudine Galea vient de sortir Les Choses comme elles sont, ouvrage édité par les collections verticales – gallimard.fr
3 Les élèves vont travailler durant six séances de quatre heures à partir de Fake, “matière première” à leurs réflexions, en compagnie de Catherine Tartarin, Jean-Philippe Meyer et d’Achille Gwem

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