Strasbourg, si belle, si décibel

Strasbourg, si belle, si décibel

Avec La Capitale du Bruit, les jeunes réalisateurs Rock Brenner et Arnaud Delecrin ont suivi un certain Robert au coeur de la nuit strasbourgeoise : âmes et oreilles sensibles s’abstenir… # Manon Charbonnier

Que pensez-vous de l’idée de circonscrire un quartier fermé réservé à la fête pour les djeunes et d’installer partout ailleurs des radars anti-bruit ? Si vous êtes pour, « vous êtes Robert ». Ce dernier ne demande pas la lune, il souhaite simplement retrouver la ville qu’il aime, des rues propres et tranquilles. Alors il surveille… et quand il tombe en maraude sur un étudiant Erasmus en train d’uriner en chantant sous une porte cochère, il filme et publie sur les réseaux sociaux. Cette histoire rappelle forcément quelque chose. En 2013, l’association Calme Gutenberg commence à diffuser sur Facebook vidéos et photos volées, stigmatisant pêle-mêle la vie nocturne animée et interpelle les élus locaux. Les deux jeunes coréalisateurs Rock Brenner et Arnaud Delecrin se saisissent du sujet lorsqu’en trainant sur leur page une bière à la main, ils tombent sur un post qui les choque : la publication évoque de façon ironique la mort d’un jeune noyé dans l’Ill. Nait l’idée d’un court métrage – Entretien avec Robert – qui ferait dialoguer les deux parties : les noctambules et les lève-tôt. Le court est diffusé au festival 3M et le public est conquis. « La moitié de la salle voulait casser la gueule de Robert, l’autre l’adorait », se rappelle Rock Brenner, fier de son acteur, Stéphane Bernard. Le film reçoit quatre prix et la fameuse scène de la collection de photos de vomis strasbourgeois de Robert se retrouve dans des festivals en Égypte, en Roumanie, en Inde, aux États-Unis… Les réalisateurs décident de développer le personnage, homonyme et petit frère loser de De Niro dans Taxi Driver, et d’en faire le héros d’un long métrage : La Capitale du Bruit. Le faux documentaire, joué en grande partie en impro, s’amuse avec les codes de l’amateurisme : cadrages aléatoires, vidéos volées, interviews en mode télé-réalité. Il est aussi l’occasion de découvrir une galerie de personnalités de la vie culturelle de la cité, souvent à contre-emploi (sauf pour Guillaume Libsig en « racaille gauchiste ») : le premier youtubeur alsacien Kansas ou Phil, programmateur du Mudd Club plus vrai que nature. Mention spéciale pour Eli du groupe de hip-hop Freez en professeur d’anglais réac’ qui découvre que le centre-ville n’est pas Disneyland.


Diffusion gratuite en ligne à partir du 10/06 sur YouTube

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