Sous le soleil des négresses vertes

© Luc Manago - hanslucas.com

Sous le soleil des négresses vertes

Depuis 2018, Les Négresses Vertes sont sur la route pour fêter les 30 piges de leur premier album, l’inusable Mlah (Zobi la mouche, Voilà l’été…). Entretien avec Stéfane Mellino, chanteur d’une famille nombreuse voguant entre influences balkaniques et sons méditerranéens. # Emmanuel Dosda

Nous nous sommes vus il y a vingt ans exactement, en 1999 pour Trabendo, disque produit par Howie B (avec de merveilleux titres comme Hasta llegar). Cet album semblait annoncer un nouveau départ pour les Négresses… qui ont pourtant disparu peu après.
Au terme de la tournée Trabendo, nous avons sorti Acoustic Clubbing (version dépouillée de 14 de leurs tubes, NDLR), puis avons décidé de faire une pause car nous avions des envies d’ailleurs, d’autant plus que notre manager venait de décéder et que le groupe s’est délité. Mais nous sommes restés actifs sur la scène musicale : j’ai monté Mellino en duo avec Iza avec laquelle nous avons fait trois albums et 600 concerts ! Chacun vaquait à ses occupations, jusqu’au 30 ans de Mlah qui offrait l’opportunité de célébrer ce disque fondateur… et de saluer la mémoire d’Helno (membre des Négresses, mort en 1993 suite à une overdose, NDLR). Notre retour ne s’est pas fait par les médias, mais la scène. Nous en sommes à 87 dates et pas une seule télé ! Nous jouons pour notre public : il nous a toujours soutenu.

Ça signifie que votre public est le même qu’il y a trois décennies ?
Il y a des fans de la première heure, mais aussi leurs enfants ! Nous bénéficions d’un excellent bouche à oreille et beaucoup viennent pour découvrir un groupe qui a marqué l’histoire du rock français.

La scène et les interminables tournées ont épuisé les négresses ?
Sans aucun doute. Nous désirions changer de rythme, à 40 ans passés, et fonder une famille. Les concerts sont fatigants, mais on ne va pas à la mine, même si un phénomène d’usure s’opère.

© Luc Manago – hanslucas.com

La scène électronique (Massive Attack…) vous a rendu hommage en 1993 en remixant vos titres. l’electro fait partie de votre univers ?
Dès Zobi la mouche, morceau remixé par William Orbit qui a eu une immense carrière (Orbit a produit Madonna ou Britney Spears, NDLR), nous étions open, prêts à confronter notre style acoustique à des éléments électroniques. Ces rencontres nous ont nourri : aujourd’hui, notre version live de Face à la mer ressemble plus à la relecture de Massive Attack qu’au morceau original : une sorte de flamenco-dub. Notre musique n’est pas figée !

Dans 200 ans d’hypocrisie (1992), vous chantiez « La révolution mon fils, si t’as quelque chose entre les cuisses, c’est un devoir, non pas un sacrifice. » C’est d’actualité…
« Après deux siècles de sursis, la saloperie refait surface. La Royauté n’est plus ici, mais la bourgeoisie la remplace… » Oui, c’est parfois malheureux, mais nos textes auraient pu être écrits aujourd’hui. 200 ans d’hypocrisie, composée pour la compilation Sang neuf en 89 (1989) prend une résonance particulière et nous l’avons d’ailleurs réintroduit au répertoire. Parfois, les choses ne changent pas, elles empirent… La danse des Négresses vertes dit : « Du colorant dans les éprouvettes pour des enfants à tête de fête génétiquement aquarelle.» C’était un manifeste antiraciste qu’on peut encore chanter en 2019…

Les négresses ont-elles fait des bébés, noirs, verts, jaunes ou rouges ? Certains groupes, comme Tryo, Les Ogres de Barback ou La Rue Ketanou se réclament des Négresses vertes, mais ils sont davantage chanson alors que nous sommes plutôt rock ! J’ai du mal à voir une filiation directe. Peut-être que notre vision métissée de la musique a suscité des vocations…

08/02 Ed&N (Sausheim)
eden-sausheim.com
09/02 la MAC (Bischwiller)
mac-bischwiller.fr

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