Rêvolution

© Benoît Linder pour Mix

Rêvolution

Dans son premier film Tout ce qu’il me reste de la Révolution, la réalisatrice Judith Davis – qui y tient aussi le premier rôle – questionne l’engagement politique avec tendresse et humour. # Hervé Lévy

La scène d’ouverture donne le ton : Angèle, jeune urbaniste se fait licencier sans ménagement par des patrons de gauche, anciens “révoltés” de Mai 68 et parfaits rouages du système libéral en 2018. Dans le premier film de Judith Davis, il est question de la place des mots dans l’espace politique, de la cruauté du monde du travail avec « la précarisation de nombreux intellos surdiplômés ou les mécanismes de servitude volontaire dans l’entreprise ». Sous ses allures de feel good movie, le film soulève des problématiques essentielles. C’est du reste avant un débat avec un professeur de Science Po’, organisé par le Star Saint-Exupéry, que nous rencontrons une réalisatrice qui dénonce le danger « des films politiques lénifiants. J’ai choisi le détour par l’humour, mais sans ironie facile, ni cynisme. Le fait de rire de nous et de nos travers avec autodérision permet de parler des choses fondamentales. Aujourd’hui, le spectateur fuit les donneurs de leçons. De toute manière, je préfère susciter le questionnement que de donner des réponses. Elles convaincraient uniquement ceux qui le sont déjà. »

 

© Benoît Linder pour Mix

Le spectateur s’attache à ses personnages traités avec grande tendresse, le plus souvent flottants dans la société : Angèle (Judith Davis), total lost in translation, Saïd (Malik Zidi), « un être solaire qui a fait le choix d’être joyeux, montrant que l’engagement n’est pas forcément sévère », ou encore Simon (Simon Bakhouche), père soixante-huitard demeuré fidèle à ses idéaux, en total décalage avec le monde. Mention spéciale à Diane – mère présentée comme absente mais qu’on découvre bien différente de ce qu’on croit – incarnée par une icône des eighties, Mireille Perrier (Boy Meets Girl de Leos Carax ou Elle a passé tant d’heures sous les sunlights de Philippe Garrel). Au final, voilà une belle bande d’acteurs – le film est le prolongement d’une pièce créée par le collectif L’Avantage du doute fondé par Judith Davis – se mettant au service de dialogues qui font mouche, interrogeant avec brio la notion d’engagement puisque le film pourrait être résumé par une seule phrase de son auteure : « Comment vivre avec ses convictions et ses idéaux dans le monde d’aujourd’hui ? »
Aux Cinémas Star et à l’UGC Ciné-cité (Strasbourg) à partir du 06/02
cinema-star.com – ugc.fr

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