Melancholia

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Melancholia

« Chacun a droit à son quart d’heure de vieux con », disait Andy Warhol, affaissé, sous le poids d’un lourd Polaroid pendant à son cou. À moins qu’il ne s’agisse d’une phrase de mon collègue Hervé pestant devant Le Rocher du sapin converti en KFC, je ne me souviens plus trop… Reste que c’est avec un gros pincement nostalgique au coeur que nous avons participé à la soirée de départ nommée Tschüssi-Boum du Maillon (samedi 23 mars), organisée pour dire au-revoir au bâtiment du Wacken, bientôt figure de proue du nouveau Quartier des affaires strasbourgeois. Le théâtre traversera la route pour s’installer en face, tandis que la bâtisse actuelle (de 1924) s’apprête à être détruite (mise à part la façade, ouf) et métamorphosée en clinquant hôtel de luxe et siège de Puma. En lieu et place du Stade Tivoli, s’élève une black box de 6 900 m2 où l’équipe du théâtre prendra place en septembre (date de remise des clefs). Deux salles (de 250 et 700 places), un vaste espace de restauration, un immense hall d’accueil à ciel ouvert, un lieu modulable « adaptable aux formes les plus atypiques », rassure Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg. Un équipement « répondant aux exigences artistiques contemporaines et européennes », selon Barbara Engelhardt, directrice. Lors de la fête d’adieu au Wacken, le DJ moustachu Vladimir Spoutnik tente le tout pour le tout afin que la chenille redémarre, mais le temps est plutôt aux souvenirs et confidences : le char d’assaut de Romeo Castellucci pointant son canon vers le public (le spectacle Tragedia Endogonidia), les intrigantes boîtes où le spectateur pénétrait, seul, et rencontrait Quelques gens de plus ou de moins (du collectif Art Point M), Pierre Maillet montrant ses jambes (si vous saviez !), de tardives projections nocturnes d’Art vidéo, d’interminables discussions avec des comédiens de Jan Fabre en aftershow sur les canapés vintage du bar ou même des couples se (dé)faisant derrière la billetterie… Des trémolos dans la voix, une “historique” de la structure se souvient de « la joie et de la chaleur émanant des centaines de personnes dansant, parfois sur les tables, après le marathonien festival Premières ». Chacun y va de son anecdote, tandis que les bulldozers approchent.

# Emmanuel Dosda

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