Liaison dangereuse

© Bodega Films

Liaison dangereuse

Avec The Reports on Sarah & Saleem de Muayad Alayan, une aventure extraconjugaleà Jérusalem devient un thriller implacable et humaniste. # Manon Charbonnier

Le soir, Saleem et Sarah se retrouvent sur un parking pour faire l’amour. Saleem, Palestinien, vit à Jérusalem-Est avec sa femme Bisan, dans une situation économique précaire. Sarah gère un café de l’Ouest de la ville. Son mari, David, est colonel de l’armée. Dans ce deuxième film du palestinien Muayad Alayan, l’adultère sert de prétexte pour construire un thriller nerveux au coeur d’un territoire fragmenté et sous haute surveillance.

L’idée vient de la propre adolescence du réalisateur, lorsqu’il vit de petits boulots à Jérusalem-Ouest. Les couples clandestins pensaient, raconte-t-il, « que parce que la ville est ségréguée, l’autre partie du couple n’en saura jamais rien. » Le jeune Muayad se dit déjà qu’ils jouent avec le feu. Lors de la deuxième intifada (2000-2005), l’armée israélienne met la main sur des documents de l’Autorité palestinienne, consignant dans ses rapports toutes les relations intercommunautaires et procédant ensuite à des arrestations massives. Dans le film, afin d’échapper à la surveillance constante qui sévit dans la capitale, Saleem emmène sa maîtresse, en Cisjordanie, sous administration palestinienne. Tapie à l’arrière de la fourgonnette, Sarah écarte un peu les rideaux de la vitre : on est aveuglé par les projecteurs le long du mur. La caméra sort peu des voitures et appartements, soulignant l’enfermement des personnages. À Bethleem, la tentative de lâcher prise vire au fiasco. Sarah est trahie par son nom, gravé en hébreu sur sa gourmette. Dès le début du film, la question de l’identité est omniprésente : sur une scène de crime, lorsqu’un militaire demande si le mort est juif ou arabe, son collègue lui répond : « On ne sait pas encore, il n’a pas de papiers sur lui. » Tout est dans le “encore” en ce territoire où on étiquette les gens pour mieux les séparer.

Des deux côtés de la ville, le montage en miroir fait penser à un match de tennis où chaque coup est renvoyé avec plus de violence. Deux communautés, deux familles socialement opposées, mais un seul et même engrenage vers une emprise totale sur l’individu. Qu’est-ce qui est le plus grave : que Sarah ait pu transmettre des informations à un potentiel terroriste palestinien ou qu’elle ait “trahit” son peuple en couchant avec un Arabe ?

Le film repose aussi sur l’interprétation de ces deux comédiennes : Sivane Kretchner (Sarah) et Maisa Abd Elhadi (Bisan), magistrales. Muayad Alayan rend ainsi hommage aux femmes en qui il place tous ses espoirs pour s’opposer à une société patriarcale ultra-verrouillée.


Aux cinémas Star (sortie le 08/05)

cinema-star.com

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