La question antisémite

La question antisémite

Ouvrage salutaire en ces temps troublés, Réflexions sur la question antisémite est une tonique réflexion sur un sujet brûlant. Pour en parler, nous avons rencontré Delphine Horvilleur, une des seules femmes rabbin de France, lors de sa venue à Strasbourg, à la Librairie Kléber.

« Les Juifs sont comme les canaris qu’on envoyait au fond des mines : si l’oiseau meurt, la mine est condamnée. Lorsqu’on s’attaque aux Juifs, c’est le symptôme d’un effondrement à venir, un prélude à une haine plus large », résume Delphine Horvilleur. Récentes illustrations avec la répugnante libération de la parole antisémite sur les réseaux dits sociaux, l’agression subie par le philosophe Alain Finkielkraut ou encore la profanation du cimetière de Quatzenheim. Et de poursuivre : « Elle mène à un passage à l’acte très rapide : il y a des paroles antisémites, puis des gestes antisémites et des meurtres antisémites. » Le dernier ouvrage publié par la philosophe est une passionnante enquête à travers les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives pour tenter de définir les contours d’une haine qui mute à travers les âges. Elle souligne d’emblée le paradoxe : « Le racisme est le rejet d’un autre en raison de sa façon de vivre, de sa couleur de la peau, etc. Il exprime l’idée qu’il est moins que moi. En revanche, l’antisémitisme est souvent un complexe d’infériorité. L’antisémite reproche au Juif d’avoir quelque chose qu’il n’a pas, d’être quelque chose qu’il n’est pas. C’est comme s’il était le nom de sa propre faille. »

Impossible de résumer la densité d’un ouvrage – néanmoins accessible à un large public – en quelques lignes puisqu’on y passe d’érudite manière des fondements de l’antisémitisme avec la figure maléfique d’Amalek au parallèle entre antisémitisme et misogynie : « On a souvent reproché les mêmes choses aux Juifs qu’aux femmes, la lascivité, l’hystérie, la cupidité… Au Moyen Âge, beaucoup pensaient que les hommes juifs avaient des règles et qu’ils tuaient des petits enfants pour compenser cette perte de sang ! » Heureusement qu’un puissant humour nimbe ces pages. « Le rire est un outil de résilience. L’humour juif est éminemment noir et se construit sur la capacité à s’emparer d’une tragédie qui nous frappe. » Et Delphine Horvilleur de raconter une blague signifiante : « Toutes les fêtes du calendrier juif peuvent être résumées en trois phrases. Un : Ils ont voulu nous tuer. Deux : On a survécu. Trois : Qu’est-ce qu’on mange ? » Ou comment métamorphoser la tragédie en éclat de rire…


Réflexions sur la question antisémite – Paru chez Grasset (16 €)

grasset.fr

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