Dans la peau

Pio Marmaï et Céline Sallette © 2018 Wild Bunch / Manuel Moutier

Dans la peau

Pour sa première réalisation, la journaliste Audrey Diwan* fait de Pio Marmaï (né à Strasbourg) un dentiste cocaïnomane qui intoxique involontairement sa famille. Mais vous êtes fous ? # Manon Charbonnier

Votre film s’ouvre comme une comédie puis vrille vers le drame. Est-ce une volonté de prendre le spectateur au dépourvu ?

Audrey Diwan : Mon désir était d’hybrider les genres, que la tension pénètre l’intimité de ce couple. Avec mon producteur, Edouard Weil, nous avons beaucoup discuté de cette notion de thriller conjugal. Il me parlait de César et Rosalie ou de Kramer contre Kramer, mais je cherchais plutôt du côté de Take Shelter de Jeff Nichols ou de Safe de Todd Haynes. Je voulais diffuser une forme d’inquiétante étrangeté.

Vous évoquez très vite l’addiction de Roman (Pio Marmaï), sans expliquer comment il en est arrivé là. Pourquoi ?

Audrey Diwan : L’addiction n’est pas le sujet du film. Ici, la drogue est une maitresse : elle fait perdre confiance, instille un doute qui risque de planer pour toujours. Je voulais qu’on passe du point de vue de Roman et de son secret à celui de Camille (Céline Sallette), dans le déni.

Une scène montre Roman rejouant les gestes de son quotidien devant un expert pour comprendre comment la contamination a pu être possible…

Audrey Diwan : C’est un moment très dur pour le personnage qui est sur la défensive. Dans la réalité – car il s’agit d’une histoire vraie – l’enquête a pris la forme d’interrogatoires, mais là il fallait une mise en scène cinématographique : reconstituer un crime invisible.

Votre rôle est très en retenue, à l’opposé de votre personnage de doux dingue d’En liberté de Pierre Salvadori…

Pio Marmaï : Je sortais du burlesque qui me convient parfaitement étant d’un naturel plutôt agité. Nous avons dû explorer les silences, les regards. Il y a peu de dialogues, mais beaucoup de choses passent par le corps : les courses, le moment où ils refont l’amour, la danse finale…

Dans En liberté vous vous retrouvez en prison à tort et ici, vous intoxiquez votre famille malgré vous. Pourriez jouer un vrai méchant ?

Pio Marmaï : Je veux être un salaud : le Joker détruisant le monde et torturant des enfants ! J’ai envie d’un truc vraiment diabolique, mais on ne me l’a jamais proposé, sans doute à cause de ma gueule de mec sympa…


À l’UGC Ciné-Cité (film actuellement en salle)

ugc.fr

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