Daim dingue

Photo de Jean Dujardin et Quentin Dupieux par Vincent Muller

Daim dingue

Avec Le Daim, Quentin Dupieux filme la dérive de Jean Dujardin incarnant un quadra lambda qui plonge dans une folie tout sauf douce. Absurde, gore et jubilatoire. # Hervé Lévy

« J’ai eu du mal à préparer ce rôle. D’habitude, je suis un peu scolaire, travaillant beaucoup pour pouvoir lâcher prise sur le plateau. Pour Le Daim, je n’y arrivais pas. C’est comme si le scénario me disait : “Arrête de rationaliser. Laisse-toi faire, roule et tu verras bien” », résume Jean Dujardin, assis devant un verre de sky’ qu’il sirote lentement, visiblement heureux d’être là. Il incarne Georges, un type sorti de nulle part achetant (une fortune) un blouson en daim à franges avant de se réfugier dans un hôtel paumé, quelque part, au beau milieu de la France périphérique. Avant d’arriver, il sacrifie sa vieille veste en velours dans les toilettes d’une aire d’autoroute. Dans le silence de sa chambre, il commence à parler avec le vêtement : « Le blouson est un prétexte, car le type aurait pu projeter sa folie sur n’importe quoi, une cafetière par exemple », précise Quentin Dupieux.

L’habit va lui ordonner de débarrasser la planète de tous ses homologues afin qu’il demeure unique. Et voilà l’homme devenu serial killer avec pour seule obsession de prendre leur blouson à tous ceux qui en portent un pour l’enterrer dans une fosse commune. Excellant dans ce rôle borderline (évoquant vaguement celui qu’il tenait dans Le Convoyeur de Nicolas Boukhrief), l’acteur oscarisé joue extrêmement juste. « J’adore ces personnages en circuit fermé » confie-t-il avant de poursuivre : « C’est un vague cousin de Brice. Tous deux sont des toupies, des mecs qui tournent en rond sur eux-mêmes. Le Daim est une histoire d’extrême solitude, à la fois très effrayante et profondément touchante. » Dans ce monde sinistre, la solitude de Georges va croiser celle de Denise (Adèle Haenel) pour un film placé sous le signe de l’absurde sur lequel l’ombre de Bertrand Blier – figure tutélaire du cinéma du réalisateur – flotte amicalement. Quentin Dupieux quitte l’onirisme zinzin de ces précédents opus (« Mon petit jouet était usé, j’en ai pris un autre, abordant ce film comme si c’était le premier ») pour se confronter au réel de manière frontale… et ça fait des étincelles !

Le Daim est en salles depuis le 19 juin

 

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