Dada no more rules

Dada no more rules

La Bibliothèque du MAMCS met en avant sa Dada collection, souvent en écho avec le travail de l’Alsacien Jean-Hans Arp. Typos d’un genre nouveau, compos audacieuses ou dessins mécanomorphes : l’histoire du design sera marquée au fer rouge de « l’irrévérence graphique » de ces proto-punks. # Emmanuel Dosda

« Tous les livres sur Dada racontent l’histoire de Kurt Schwitters ratissant les rues de Hanovre à la recherche de mégots et de tickets de concert usagés pour ses collages ; la théorie Dada de base qui veut que l’art puisse être fait à partir de n’importe quoi égalait la théorie de base du punk selon laquelle tout le monde pouvait faire de l’art. » Dans Lipstick traces (1989), Greil Marcus ose le rapprochement : le mouvement punk serait une émanation de Dada. La Bibliothèque des Musées de Strasbourg et son responsable, Franck Knoery, ne font pas table rase du passé, mais démontrent – via une trentaine de documents rares – que Tzara, Arp, Hausmann ou Picabia (et ses dessins érotico-mécaniques) sont les papys des Sex Pistols et ont ouvert la voie à toute une génération de designers, graphistes, typographes ou photomonteurs. Les étudiants de quatrième année de la HEAR qui ont réalisé le livret accompagnant l’expo peuvent témoigner : les Dadas cool qui prétendaient que leur courant artistique « n’était rien » se sont (volontairement ?) sous-estimés. L’influence de leurs publications DIY est grande ! Une inépuisable source qui ne demande qu’à être cannibalisée par les créatifs. Un trésor pour les amateurs « de scandale et de poésie ». Il s’agit d’ouvrages d’artistes engagés (même politiquement, notamment à Berlin où ils étaient proches du PC), édités à une centaine d’exemplaires vendus dans des librairies spécialisées. Issus de multiples foyers (Paris, Zurich, Barcelone…), ils étaient le fruit d’esprits débridés, souvent irrévérencieux. La couv’ de Dada 3 est barrée en diagonale d’une phrase de Descartes : « Je ne veux même pas savoir qu’il y a eu des hommes avant moi. » Un négatif du No Future ornant une publication devenant outil de guerre anti-bienséance et terrain d’expérimentation envoyant balader les règles établies par le milieu littéraire. « Il y a une filiation avec les punks », précise Franck Knoery, « surtout dans la composition graphique basée sur le réemploi d’éléments hétérogènes, mais avec beaucoup d’intermédiaires : les Situationnistes, le lettriste Maurice Lemaître, la Beat Generation ou Peter Blake, auteur de la pochette de Sgt. Pepper’s des Beatles. »

Les professeurs à l’atelier de communication graphique de la HEAR, Jérôme Saint-Loubert Bié et Yahanna My Nguyen, ont demandé à leurs trois élèves (Valentin Maynadié, Laurine Pasco et Lucile Weber) d’entrer dans le vif du sujet, en s’accaparant les ouvrages conservés. Ils ont, d’après les enseignants, « pris le parti de rendre compte de la matérialité graphique à travers un travail photographique plus subjectif », effectuant des gros plans sur les revues. Jérôme Saint-Loubert Bié évoque un catalogue somme toute “modeste” (notamment par son coût), mais exigeant, « avec deux papiers différents selon qu’il s’agit du portfolio en quadri ou la partie scientifique, le cahier central. Ils ont suivi tout le process, de la réflexion à un projet éditorial dans son ensemble jusqu’à son impression. Ils ont su également laisser la place aux imprévus, aux accidents, dans un esprit totalement Dada. »


Jusqu’au 29/06

La Bibliothèque du MAMCS

musees.strasbourg.eu/bibliotheque-des-musees

Catalogue réalisé avec la HEAR à se procurer – gratuitement – sur place

Conférence de Sonia Puineuf : “Le météore Dada”, 05/06 (19h) Auditorium du MAMCS

hear.fr

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