Apollonia en danger

Le nouveau projet d’Apollonia © Cabinet d’Architecture et d’Urbanisme Georges Heintz et Associés

Apollonia en danger

« C’est paradoxal de demander à une équipe très attachée à la notion de mobilité – artistique, des idées… – de se sédentariser, mais pour mieux renforcer son action, il faut un port d’attache ! » Dimitri Konstantinidis, directeur de l’espace d’Art contemporain Apollonia, se sent bien à l’entrée du quartier « encore trop hermétique » de la Robertsau, une « zone tampon » à quelques encablures des Institutions européennes, du Lieu d’Europe et de l’École européenne. Depuis sa création il y a un peu plus de vingt ans, Apollonia incarne une certaine vision de notre continent, portant un regard culturel sur lui et construisant des ponts avec Ljubljana, Bucarest ou Budapest tout en interrogeant de manière pertinente la relation de l’individu à la cité et la place de l’artiste dans la ville. Pour pérenniser ses activités et dépenser moins de fonds publics, Dimitri Konstantinidis et son équipe ont inventé un modèle économique inédit, pour un projet « d’intérêt général » : construire un équipement de loisir innovant et faire un lieu transgenre de quatre étages en terrasse, intégrant un hôtel d’une centaine de chambres (pratique, près du Parlement et compagnie), un restaurant, un espace de coworking, quinze logements sociaux d’artistes et douze logements “libres” (à la vente). L’exploitant de cet endroit garantit la mise à disposition d’un white cube de 770 m2 pour les expositions d’Apollonia, ainsi que le maintien du jardin participatif à l’avant de la bâtisse (véritable poumon vert à l’entrée du quartier) et le développement d’un parcours artistique dans la Robertsau. Le tout serait financé par KS Groupe porteur du projet. « C’est une autre manière de considérer le fonctionnement associatif », affirme Dimitri Konstantinidis… désabusé lorsqu’une lettre de la Mairie lui demande de modifier son projet pour pouvoir construire l’extension de l’École européenne. « Nous voudrions acquérir un terrain de 1 700 m2 mitoyen à notre espace actuel, mais on nous le refuse alors qu’il y a encore plusieurs milliers de m2 disponibles, jouxtant l’école. Nous avons répondu que nous ne souhaitons pas nous résoudre à abandonner le jardin et qu’il n’était pas question de trahir la confiance des habitants. Nous avons exprimé clairement notre conviction : les deux projets – l’extension de l’École européenne et le réaménagement d’Apollonia – sont tout à fait conciliables ! » Le compromis est-il à ce point impossible ?

# Emmanuel Dosda

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