Un tabac !

Un tabac !

La Manufacture des Tabacs, construite en 1849 en plein cœur de la Krutenau, entre ce mois-ci dans une phase de travaux de réhabilitation. D’ici 2022, elle accueillera une partie de la HEAR et de l’Université de Strasbourg ou encore un espace de restauration bio. Visite avant chantier. # Emmanuel Dosda

La friche, c’est chic : entre le Shadok, la Coop (voir Mix n°228) ou la Manufacture des tabacs, Strasbourg redécouvre des lieux industriels désaffectés, les faisant revivre pour accueillir des activités très diverses, mais liées à des problématiques actuelles comme l’écologie ou les circuits courts. La bâtisse érigée par Eugène Rolland au milieu du XIX² siècle (les bâtiments centraux datent du milieu des années 1950) est le prototype de seize autres manufactures construites à Metz, Marseille, Nancy ou Orléans. Damien Mehl, chef de projets urbains à la Ville et l’Eurométropole, évoque une “architecture quadrilatère” « rigoureusement symétrique, composée d’un corps de bâtiments placés en carré autour d’une cour intérieur ». Ce bâtiment, témoignage important d’une époque révolue, est inscrit aux Monuments historiques depuis 2016. Ce morceau de ville de 1,4 hectares, « soit l’équivalant de la place Kléber » s’amuse Damien Mehl, va « poursuivre l’histoire du site en inscrivant la Manufacture dans la continuité, tout en l’encrant dans le quartier. » Et en l’ouvrant le plus largement possible sur la Krutenau.

enseignement & économie
La plus importante partie de la bâtisse (40% de l’ensemble, soit 10 000 m2) sera occupée par l’unistra-g2ei, un nom savant pour un pôle d’excellence autour des géosciences, de l’eau, de l’environnement et de l’ingénierie. L’enseignement supérieur tient une importance de choix, avec la présence d’une part de la haute École des arts du Rhin, ex-École supérieure des arts décoratifs, partageant le même centre de documentation que l’unistra) qui occupera environ 4 000 m2, un incubateur de start-ups et autres entreprises innovantes portées par seMia et accro (responsable du dispositif tango & scan) et un hostel, auberge de jeunesse 3.0 avec des nuits allant de 17 à 32 €.
Au centre de la cour, un “espace événementiel” avec une très importante hauteur sous plafond sera mutualisé par l’ensemble des acteurs présents à la Manuf’. Il s’agira d’un espace polyvalent aux usages divers : expos, concerts, happenings… accolé à lui, le lab terra symbiosis accueillera un magasin coopératif de producteurs locaux et quatre établissements de restauration bio géré par les producteurs eux-mêmes, par le chef Olivier Meyer ou encore par… tout le monde. En effet, une cuisine partagée, lieu convivial et d’échanges, convie ceux qui le souhaiteront autour de plats concoctés tous ensemble. De la popote entre futurs potes. L’aménagement de la cour urbaine « lieu de passage ou destination », selon Damien Mehl, devrait renforcer la convivialité d’un lieu animé par les terrasses des différents pôles. Cadré par les Monuments historiques qui feront en sorte que l’intervention sur la bâtisse ne la dénature pas, les travaux nécessiteront le travail de divers architectes, en fonction des espaces (Dominique Coulon pour la bâtisse centrale, l’agence lama architectes pour l’incubateur d’entreprises…). pour le chef de projets urbains à la ville, il s’agit « d’un site très encadré mais qui permet des interprétations nuancées d’un même patrimoine ».

zone blanche
Sur le plan : une zone est restée en blanc. I s’agit d’une partie non affectée pour le moment. La philosophie de la Manufacture étant de créer synergies et passerelles, cet espace sera occupé plus tard en fonction des besoins de tous, de la cohérence de l’ensemble des acteurs. C’est un futur rouage qui aidera tout ce petit monde à cohabiter de la meilleure manière et à inventer des collaborations, à dialoguer et construire des ponts. Pour Alain Fontanel, premier adjoint au Maire de Strasbourg en charge de la culture et du patrimoine, l’élaboration de cette “fabrique du futur“ permet « de faire revivre le patrimoine sans en faire un musée, construire la ville de demain, créer un lieu de vie, de bouillonnement au carrefour de l’enseignement, des arts et des activités économiques. » il évoque un écosystème, un puzzle dont les pièces s’emboîtent, un laboratoire, un creuset permettant de créer de nouvelles dynamiques. un peu comme le Shadok, “fabrique du numérique” qui va devoir se repositionner.

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