OPÉRA SI, OPÉRA LÀ

© Musées de la Ville de Strasbourg (merci Florian)

OPÉRA SI, OPÉRA LÀ

Rénover en maintenant la salle à l’italienne existante ou tout casser pour créer un équipement ultramoderne en préservant la façade originelle : la question de l’opéra soulève les passions à Strasbourg. # Hervé Lévy

Place Broglie, le bâtiment abritant les représentations de l’Opéra national du Rhin (mais aussi celles du Théâtre alsacien) n’est pas en grande forme. Alain Fontanel (La République en Marche), Premier adjoint au maire également chargé de la Culture, en convient aisément : « Nous sommes confrontés à une triple problématique liée au confort des spectateurs, à la qualité de travail des artistes et des techniciens et à l’ambition de la maison, puisque de grandes productions ne peuvent plus y être réalisées ou accueillies en raison de la dimension de la scène. » Il souhaite néanmoins rappeler qu’il « n’y a pas de risques liés à l’accueil du public ». Alors que faire ? La question est devenue, au fil des ans, un des principaux serpents de mer de la vie culturelle alsacienne. Pour Pascal Mangin (Les Républicains), conseiller municipal et président de la Commission culture de la région Grand Est – qui vient de publier une tribune intitulée Opéra, le Requiem ? –, la municipalité actuelle est allée « de reculade en reculade, de non décision en non décision ».

Selon Alain Fontanel, « le débat entre rénovation sur site et construction d’un nouvel opéra est tranché », car bâtir ex nihilo a un coût prohibitif (150 millions au bas mot) et « n’exonère pas de rénover le Théâtre municipal ». Ceux qui rêvaient d’un Opéra sur le Rhin version Elbphilharmonie peuvent oublier. Pour Pascal Mangin, la solution passe également par une rénovation, puisqu’il souhaite « faire un opéra sur l’opéra à l’image de ce qui a été réalisé à Lyon ou Montpellier. Il y a de la place à côté du bâtiment existant et derrière ». Le Premier adjoint souligne la complexité du débat qui « porte sur la jauge : en maintenant la salle à l’italienne historique, on perd entre 15 et 20% de sièges ce qui pose un double question, démocratique – investir 50 millions pour accueillir moins de spectateurs est paradoxal – et économique », puisqu’on serait alors contraints d’augmenter le nombre de levers de rideaux. À l’inverse, « remettre en cause la salle à l’italienne pour maintenir la jauge porte atteinte à la dimension patrimoniale du bâtiment ». La solution ? Réaliser une « nouvelle étude avec la problématique de la jauge comme élément central. La rénovation de l’Opéra est un projet de début de mandat : notre responsabilité est que tout soit prêt pour que la prochaine équipe municipale n’ait qu’à appuyer sur le bouton pour lancer le processus ». Pas de décision avant 2020, au nom de la rationalité, donc. Une réponse qui fait bondir Pascal Mangin : « À part Le Maillon – et encore l’enveloppe architecturale définitive est bien plus étriquée que celle qui avait été choisie par le jury – il n’y a pas eu de gros investissement culturel en termes d’équipement depuis dix ans. Un opéra digne de Strasbourg est nécessaire. Il est temps de sortir de l’ambigüité et de la production d’études ne servant qu’à caler des bureaux. » Le débat est (re)lancé : gageons que cette question sera au cœur de la campagne municipale de 2020.

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