L’imagination au pouvoir

© Luna Lazzarini

L’imagination au pouvoir

« Perso, j’aimerais bien avoir le compte des gars qui étaient sur les barricades il y a 50 ans ! »

Tout est dit dans cet extrait de conversation (de bistrot, certes…) entendu il y a peu à Strasbourg. Car ceux qui, hier, érigeaient l’imagination en étendard sont aujourd’hui au pouvoir. Et le monde ne tourne pas bien mieux, dirait-on : comme il y a un demi-siècle, les étudiants bloquent les universités, les cheminots grognent, les zadistes se battent pour garder leur petit lopin de terre, nombre de nos concitoyens sont remontés comme des pendules et les luttes convergent (un peu). Mai 2018 risque d’être chaud. Caniculaire. Pensez à vous hydrater les soixantehuitards rangés des voitures ! Pourtant, le souffle et le soufre de l’époque flottent toujours dans l’air de notre cité, marquée par la présence situationniste et l’édition du manifeste De la misère en milieu étudiant. Pour fêter l’anniversaire des barricades et des grèves générales, la BNU ne s’y trompe pas en exposant des affiches et flyers d’une période hyper créative : chacun garde en tête les slogans – Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner, Il est interdit d’interdire – et les illustrations – le profil de De Gaulle, le poing levé, l’usine schématisée – de cet âge d’or de la contestation. Le trio Terrains Vagues a conçu la scénographie (avec Philippe Riehling), l’affiche et le catalogue de l’exposition Mai68 en Alsace qui rassemble banderoles, tracts et photos dans un joyeux « chaos organisé », un foutoir muséifié. « Les jeux de compositions, la façon de synthétiser une idée de manière très forte, la spontanéité et même les maladresses qui concouraient à forger une esthétique propre… » : la création débridée de ce moment clef est pour le collectif une inépuisable source d’inspiration. Philippe Delangle, responsable de l‘atelier communication graphique de la HEAR ayant accompagné ses élèves dans la réalisation de posters “hommages” (accrochés devant la Bibliothèque le temps de l’expo jusqu’au 07/10), acquiesce : les affiches de Mai 68 ont « créé un nouveau langage qui s’opposait à la fois aux affiches publicitaires et aux constructions géométriques suisses. Une voie nouvelle s’est ouverte. » Le combat idéologique et graphique continue !

#Emmanuel Dosda

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