LES LEÇONS DE SIMON DEBRÉ

Photo de Jean-Luc Stadler / Région Grand Est

LES LEÇONS DE SIMON DEBRÉ

Jean-Louis Debré a écrit une préface à L’Humour judéo-alsacien, texte de son arrière-grand-père, tout juste réédité. Nous avons rencontré l’ancien président de l’Assemblée nationale au siège de la Région Grand Est, à Strasbourg, où il le présentait. # Hervé Lévy

Publié en 1933, L’Humour judéo-alsacien était devenu introuvable : le grand rabbin Simon Debré (1854-1939) y décrypte 160 expressions où se superposent les cultures alsacienne et juive, germanique et française. Il est « le reflet d’un monde qui était en train de disparaître », explique son arrière-petit-fils, Jean-Louis Debré – qui ne l’a pas connu –, celui des communautés villageoises alsaciennes, où le dialecte se mâtine d’hébreu dans une prononciation yiddish. On se délecte de ces phrases, ex- pressions et autres histoires dont le contexte – et les liens avec la liturgie et les textes sacrés – sont expliqués avec brio dans le fac-similé d’un bréviaire rarissime soulignant que « si l’hébreu était la langue de l’étude et de la prière, le yiddish était, dans sa truculence, celle de la vie. » En ouverture, l’ancien président du Conseil constitutionnel dresse le portrait de Simon, natif de Westhoffen qui a opté pour la France en 1872, devenant grand rabbin de Neuilly, rappelant « l’actualité de ce livre » et dressant un parallèle avec le monde d’aujourd’hui. « Dans ces pages, Simon nous donne un avertissement, à sa manière : “Ne perdez pas vos fondamentaux”. Il nous exhorte à préserver ce que nous sommes. » Il y a une autre leçon essentielle dans cet ouvrage « et dans la vie de Simon Debré. Il montre qu’il est possible d’être alsacien, juif, français et patriote. D’une certaine manière, il s’agit d’un chant contre le communautarisme. Nos identités sont complémentaires. Ne nous replions pas sur nous-mêmes et essayons de préserver nos racines dans le même temps. C’est ainsi que nous affronterons l’avenir au mieux », résume celui qui fut Ministre de l’intérieur d’Alain Juppé, avant de poursuivre, plus grave : « Dans ce que nous vivons aujourd’hui, existe chez certains une volonté de remettre en cause le principe de laïcité, c’est-à-dire la liberté qu’a chacun de nous de choisir de croire ou de ne pas croire. » Voilà le message d’un républicain… qui avait oublié de mettre son portable sur vibreur pendant l’entretien. Lorsqu’un correspondant l’appela, on ne fut guère étonné de constater que sa sonnerie est une tonitruante Marseillaise.


Paru à La Nuée Bleue (17 €)
nueebleue.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.