LE WACKEN :
 FOIRE, MAILLON ET CÆTERA

Exposition coloniale à Strasbourg, 1924 (DR), porte d’entrée du Village africain

LE WACKEN :
 FOIRE, MAILLON ET CÆTERA

Avant son déménagement à l’emplacement de l‘ancien Stade Tivoli, à deux pas du Wacken où il est installé depuis 1999, Le Maillon regarde en arrière et conte l’histoire d’un lieu qui connut 1 001 destins. Visite d’une expo godzillesque, à taille humaine, avant travaux et reconversion du site en quartier d’affaires nommé Archipel. # Emmanuel Dosda

1924-2019 : le quartier du Wacken a traversé près d’un siècle d’Histoire(s) et en a connu des vertes et des pas mûres. Du rouge vif comme l’étendard flanqué de la faucille & du marteau et des tonalités ténébreuses comme la croix gammée plantée au milieu d’un décor revu et corrigé à la sauce nationale-socialiste. Du rose cochon comme la knack croquée goulûment par François Fillon ou du blond et moussu comme la bière bue par Michel Rocard aux côtés d’une Catherine Trautmann hilare. Des rires jaunes. Des trouilles noires. Nous témoignons (et avouons avoir failli faire pipi dans notre jean) : lorsqu’en 2004, avançant au ralenti au Wacken, un char pointa son canon menaçant vers un public qui ne moufta pas, il ne s’agissait pas d’une re-re-re-prise de l’Alsace par l’Allemagne, mais d’un énième coup de sang de Romeo Castelluci (son spectacle Tragedia Endogonidia) accueilli par Le Maillon.

Archives de l‘Eurométropole, 1941

L’expo*, accompagnée d’un indispensable catalogue, retrace une folle et chaotique aventure. Astucieuse comme le parapluie à hélice pivotante (concours Lépine, fais-nous rêver !), entre intransigeance scientifique et potacherie historico-comique, elle fait la part belle à une riche iconographie menant de décennie en décennie. Ainsi, en 1924, le Wacken est-il le triste théâtre d’une exposition coloniale et de son zoo humain, soit un « village africain » où l’on exhibe aux visiteurs et offre en pâture des « indigènes civilisés » à leur regard curieux. De 1926 à aujourd’hui, il accueille les Foires expos (Foire européenne depuis 1933) où les ménagères de plus ou moins 50 ans se massent en famille pour admirer les démonstrations des tchatcheurs vantant les méritent de l’aspirateur à rétrofusion ou de la serpillière multifonctions. Durant l’occupation, de 1941 à 1944, quatre expositions nazies y sont organisées : aigles impériaux XXL et drapeaux frappés de la svastika envahissent l’espace qui servit également d’écrin révolutionnaire à meeting (1936) et congrès (1947) du PCF. Moment mémorable et tout autant politique : le 4 janvier 1980, au hall Rhénus, Gainsbourg entonne La Marseillaise devant un parterre de paras qui, venus le chahuter, se mettent à chanter l’hymne national au garde-à- vous. Aux armes, et cætera.

Un siècle sans entracte, une histoire du Wacken 1924 / 2019 (catalogue à 5 €), dans le Hall du Maillon-Wacken, jusqu’au 30/03 2019
maillon.eu

Exposition dans le cadre des Journées de l’Architecture
europa-archi.eu
* Commissariat et coordination éditoriale par Claude Grétillat; textes de Denis Boeglin, Isabelle Chalier, Vincent Cuvilliers et Julien Ebersold (historiens), Julien Louis (historien de l’Art), Antoine Wicker (journaliste) et Claude Grétillat

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