L’HOME IDÉAL: L’ARCHIVISTE

© Sarah Dinckel / Studio Vingt

L’HOME IDÉAL: L’ARCHIVISTE

L’architecture d’intérieur, c’est son DahDah ! Antoine Guillemain loge dans un appart lumineux, parmi plantes vertes, maquettes et bibelots chinés. Troisième étage, s’il vous plaît. #Emmanuel Dosda

Un appartement / studio hypercentré, rue du 22 Novembre. De taille modeste (à peine plus de 40 m2), il est d’une belle clarté et organisé de façon quelque peu étrange, avec une sorte de “pièce niche” où Antoine a installé son lit, parfaitement calé dans ce renfoncement cosy utilisé de maline manière. Des maquettes sont posées par ci, par là et sur son bureau, face à la rue. Mais Antoine n’y travaille jamais, préférant traverser une cour du boulevard de Nancy pour se rendre dans les locaux de DahDah studio qu’il partage avec ses deux complices, Héloïse Tesson et Dayoung Jun. Le trio y planche sur des intérieurs de particuliers et des événements comme la soirée inaugurale du cabinet d’avocats YES! où il a utilisé des matériaux pauvres, contreplaqué ou rubalise de chantier, pour scénographier l’espace, le remodeler, le « manipuler » et créer un parcours. DahDah réalise également du mobilier, par exemple la table M au design brut, qui s’assemble et se défait en quelques secondes pour être aisément déplacée. Un jeu d’enfant… Antoine a posé des dinosaures sur le rebord de sa fenêtre, une bâtisse en Lego sur sa table (La Villa Savoye du Corbu’, certes) et enfermé des maisonnettes colorées dans une cage vintage accrochée au mur de sa cuisine.

Diplômé de l’ENSAS, il est marqué au fer rouge par ses jeunes années, la visite de la Chapelle de Ronchamp avec mamy alors qu’il est tout petit ou la fabrication de mini-demeures pour la traditionnelle crèche de Noël. Lorsque, sous le sapin, il trouve des jouets, Antoine s’empresse de débarrasser les cartons d’emballage de leur contenu pour, déjà, réaliser des maquettes. Il n’a depuis qu’une idée en tête : empocher (péniblement) le bac pour suivre la voie qu’il a choisie. Le jeune homme nous convie dans sa salle de bain pour évoquer sa philosophie de l’archi : « Vous voyez ce carrelage blanc de 10 x 10 cm ? C’est celui d’origine et il est parfait. Il a été recouvert ou remplacé par endroits et je voudrais tout refaire comme à l’époque de la construction de cet immeuble de 1960. » Pour chaque chantier qu’il débute, il se rend aux Archives municipales afin d’étudier les plans historiques et proposer de renouer avec des éléments passés : distribution des pièces ou histoire du lieu. Architecte séduit par l’austérité brutaliste, il s’est progressivement détaché du concept de « l’objet dans la ville » pour se rapprocher des envies et besoins de chacun, se « concentrer sur l’humain ».

« Cette photo du port commercial d’Oran collée sur un panneau en bois appartenait à ma grand-mère qui y a habité. Elle a été prise dans les années 1950, mais si tu te promènes sur Google Maps, tu verras que ça n’a pas bougé ! On pourrait presque croire que cette image est contemporaine, simplement passée en noir & blanc. »

Une vieille malle, un trumeau de cheminée, une boîte aux lettres, une cage ancienne transformée en “pose-plantes vertes”, des affiches chinées, des objets trouvés… Les éléments de déco de son intérieur sont des reliques du passé, des héritages familiaux, des souvenirs glanés… Rien ne se perd chez Antoine.

Il n’achète pas de plantes, mais est devenu un as du bouturage. Celui qui prend soin de ses plantations et « reste à leur écoute, comme lorsqu’on mène un projet architectural » a, un (mauvais) jour de burn out, repêché et sauvé une fougère assoiffée et desséchée jetée à la poubelle de son ancien job, par “empathie” : « Elle était comme moi. On l’avait laissée de côté en oubliant de l’arroser », rigole-t-il aujourd’hui.

DahDah studio
21 boulevard de Nancy (Strasbourg)
dahdahstudio.com

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