KEVIN RAZY : EN ÉQUILIBRE

KEVIN RAZY : EN ÉQUILIBRE

Depuis 2015, il officie sur scène dans son spectacle Mise à jour. Rencontre avec l’ancien pensionnaire d’On ne demande qu’à en rire, à l’occasion de son passage à Strasbourg, dans le cadre du festival Drôles de zèbres. # Anissa Bekkar

Dans Mise à jour, vous parlez aussi bien de votre parcours, que de sujets plus sensibles comme la politique ou la religion : avez-vous des tabous ?
Par principe, je n’en ai aucun : je m’autorise à aborder tous les thèmes dès lors qu’ils sont en lien avec l’actualité et qu’ils touchent le plus grand nombre. La sexualité ne m’intéresse pas en tant que telle, donc je l’aborde plutôt sous un angle sociétal : par exemple, j’attire l’attention sur la banalisation du sexe chez les jeunes et la facilité d’accès à la pornographie, qui ont une réelle influence sur le comportement des adolescents.

Tous les sujets ne prêtent pas forcément à rire et les humoristes sont parfois invités à respecter un délai de décence, comme après les attentas de Paris de 2015…
Tout dépend de l’angle du sketch : j’en ai consacré un aux attentats quelques jours après celui de Nice et il a été très bien perçu, donc je ne pense pas qu’il y ait de règle générale. Le sujet a également son importance : ce serait sans intérêt d’ironiser sur la situation. Il est plus pertinent de parler d’un phénomène en relation avec les attentats, par exemple du traitement médiatique qui leur est réservé. En fait, on peut ne pas respecter de délai de décence à la condition d’être excellent : un sketch moyen ne passerait pas, donc il est parfois préférable de s’abstenir temporairement. Cela tient surtout au style de l’humoriste et à la réussite de l’exercice.

Vous avez multiplié les projets sur scène et à la télé- vision et avez désormais votre propre émission, Rendez-vous avec Kevin Razy : quelle est la genèse de ce projet ?
J’avais ça en tête depuis trois ans environ. Je regarde beaucoup de shows américains, notamment le Daily Show lorsqu’il était présenté par John Stewart : j’aimais sa manière de parler de l’actualité et de sujets difficiles, avec humour et sincérité. Cette idée ne m’a pas quitté et faisant partie du Studio Bagel, j’ai eu la chance d’avoir un accès privilégié à Canal+ : c’est comme cela que j’ai pu lancer mon émission sur internet. Le test a été concluant : elle a ensuite été diffusée à l’antenne. C’est juste une évolution de ma carrière : quand j’ai commencé, je voulais avant tout faire rire. Progressivement, j’ai voulu faire réfléchir et j’ai été séduit par l’objet télévisuel parce qu’à mes yeux, la télévision n’est pas morte : il y a encore des choses à y faire.

Plusieurs de vos collègues se sont essayés à l’exercice du late show, sans grand succès…
Je pense que pour pouvoir produire un late show, il faut aller à la source, c’est-à-dire aux États-Unis. J’ai donc décidé d’y partir avec mon équipe pour assister au tournage des principaux late shows américains et discuter avec les équipes de production et les auteurs afin de comprendre le fonctionnement, la philosophie du concept. Je pense que si on est en passe de transformer l’essai, c’est aussi et surtout parce qu’on a compris que le succès du programme reposait sur le présentateur : il incarne son émission. C’est parce qu’il partage son point de vue sur l’actualité, qu’il fait vraiment la différence.

En France, l’attitude vis-à-vis des artistes dits “engagés” est assez ambiguë : certains attendent des artistes qu’ils s’expriment publiquement, tandis que d’autres estiment que ce n’est pas leur rôle…
Personnellement, je ne me considère pas vraiment comme un artiste “engagé” : le terme me semble trop restrictif. Je me vois avant tout comme un entertainer qui peut aussi bien s’amuser dans des émissions de divertissement que faire Les Grandes Gueules sur RMC dans un registre plus sérieux. Mon positionnement, c’est avant tout celui d’un humoriste et citoyen français : je ne fais que partager mon point de vue. Je ne suis donc pas un artiste engagé à 100%. En revanche, c’est vrai qu’on demande souvent aux artistes de prendre position, ce qu’ils font de moins en moins, surtout dans le milieu musical…

On vous connaît surtout pour votre humour noir, mais dans Rendez-vous… vous alternez séquences humoristiques et contenu informatif, ce qui provoque des ruptures de ton assez abruptes…
Il y a des choses sur lesquelles je préfère ne pas plaisanter parce qu’elles ne me font pas rire. Dernièrement, pour un sujet consacré à l’eau, nous avons recueilli le témoignage d’une femme vivant en Afrique subsaharienne et qui expliquait n’avoir jamais eu d’accès à l’eau potable, ce qui m’a réellement choqué. J’essaie autant que possible d’être dans l’humour, mais ce n’est pas pour autant que je prends tous les sujets à la légère.

Vous avez débuté à la radio, êtes passé par le stand up et vous êtes illustré au cinéma en 2017 dans L’Ascension : quelle serait la prochaine étape ?
C’est vrai que j’espère faire partie des nouveaux visages de Canal+. Je pense surtout que l’émission gagne à être connue : elle est d’intérêt public et je souhaite donc qu’elle soit accessible au plus grand nombre. Dans un deuxième temps, j’aimerais pouvoir réaliser mon propre film : j’ai d’ailleurs quelques projets dans les tuyaux. Enfin, c’est un objectif qui peut surprendre mais je rêverais de monter une comédie musicale. Je suis un grand fan et je trouve que la France n’utilise pas réellement ce concept : en France, c’est un spectacle musical qui sert avant tout à vendre un album, contrairement à ce qui peut se faire à Broadway. L’objectif serait donc d’utiliser toutes les ressources de la comédie musicale, idéalement pour faire passer un message…


18/04, à la Cité de la Musique et de la Danse dans le cadre du festival Drôles de zèbres (13-24/04)
conservatoire.strasbourg.eu
droles-de-zebres.com

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