Le Mégamix

Le Mégamix

Un max de décibels, de croches, de blanches et de noires. Un mix d’images, de cases, de bulles et de pages : sélection mensuelle sous forme de grand mezze par Emmanuel Dosda

SACRÉS FRANÇAIS

Après avoir sélectionné une centaine d’albums électroniques phares (Electro 100), Olivier Pernot fait le tri dans sa discothèque afin de retenir cent disques emblématiques de la French Touch. Pour Le Mot et le reste, il fait le focus sur ceux qui marquèrent leur époque et resteront des jalons, Motorbass, Air, les Daft, DJ Cam, Super Discount, M83, TTC, Mirwais… Si certains choix nous interpellent (l’EDM bling-bling de David Guetta, sérieux ?) ou nous surprennent (la world synthétoc de Deep Forest, vraiment ?), c’est que le journaliste a sans doute rangé ses goûts personnels dans son flycase pour remettre les pendules à l’heure : Guetta, par exemple, n’est pas un arriviste, mais un activiste de la première heure. Chipotons : pourquoi accorder deux pages à la disco botoxée de Bob Sinclar et une simple note à Money Penny Project ? Sans doute pour ne pas gâcher notre plaisir à contester, protester et donc participer au livre de Pernot qui revient sur 25 ans d’electro, de Daft Punk à Rone, en passant par Mr Oizo, Troublemakers ou Acid Arab. Un 1/4 de siècle de musique de France.

lemotetlereste.com

HEY, KAREN !

Pour la bande d’artistes bohèmes new-yorkais avec laquelle Karen Dalton (BD éditée par Sarbacane) traîne, la victoire de Kennedy est un signe qui ne trompe pas : la société change, et l’art doit accompagner « la construction d’une société nouvelle ». Elle écoute l’Anthology of American folk music de Lomax et tente d’écrire des morceaux en rupture avec la mièvrerie ambiante, dans les effluves maltées de whisky et les vapeurs de beuh, les yeux clos, munie de son banjo. La BD de Cédric Rassat (auteur) et Ana Rousse (dessins) est un voyage à travers les sixties : profitez des paysages, beaux comme des gravures à la pointe sèche, et des scènes de trip à la semblance d’affiches psychés.

editions-sarbacane.com

LA VIE MODERNE

L’immense Agnès Varda et JR, les yeux éternellement planqués derrière ses lunettes noires, sillonnent les routes de France, à la manière de Depardon, pour capturer des images des personnes qu’ils rencontrent, puis les coller en grand sur les murs défraichis de bleds hexagonaux. Parfois, il y a des larmes, comme celles de Jeannine, “résistante” refusant de quitter son logement coron, lorsqu’elle découvre son portrait recouvrant sa demeure de briques. La glaneuse et le street artiste placardent des femmes et des hommes dans un monde qui se déshumanise : merci à eux d’avoir tourné le road-movie Visages Villages (DVD édité par Le Pacte) avant qu’il ne disparaisse.

le-pacte.com

FAITES LE MUR

Tout n’était sans doute pas si facile pour ces gamins se réunissant sur un terrain vague Porte de La Chapelle, envahi pas les ordures, une « dent creuse au milieu du béton » dans un quartier populaire, sorte de Bronx à la française. Sauf qu’une fois le mur sauté, toute une heureuse faune hip-hop s’agite : Dee Nasty mixant sur des platines posées sur un meuble chancelant, les jeunes NTM buvant des canettes ou, même, Azzedine Alaïa, radieux, parmi les b-boys parisiens. Il y a aussi beaucoup d’anonymes dansant et riant, écharpe Burberry autour du coup et bombe de peinture à la main. Les clichés de Yoshi Omori documentent un Mouvement (Le Mot et le reste) en plein essor, une courte période (1984-1987) où le monde de demain se dessine. Un livre de photos qui rafraîchi la tête, comme le vante l’affiche pour FR3 placardée à La Chapelle.

lemotetlereste.com

FEST-NOIZ

« Je n’en reviens toujours pas d’être devenu ami avec un de mes héros de jeunesse ! » À l’issue du poignant concert (au Point d’eau d’Ostwald) en terres No Land (édité par World Village), Olivier Mellano, qui a pourtant prêté main forte aux plus grands, nous confie son admiration pour Brendan Perry, voix ténébreuse de Dead Can Dance, qui chante – en kilt – sur la musique hypnotique du guitariste, accompagné par la trentaine de musiciens du Bagad de Cesson. Avec ce projet, les frontières s’estompent et les sonorités bretonnes, parfois martiales, se marient à la musique répétitive d’un Terry Riley. L’étendard d’un « non-pays » claque au vent et les derviches tournent en compagnie de Bigoudènes.

pias.com

 

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