PHARAONIQUE TA MÈRE

PHARAONIQUE TA MÈRE

 IAM fête les 20 ans de L’École du Micro d’argent, album où il est autant question de haschich au kilo et de Maître Kanō, de politique que de Shaolin. Questions à Akhenaton, le pharaon du béton, avant le Zénith. # Emmanuel Dosda

La tournée anniversaire de Première consultation de Doc Gynéco, L’Âge d’or du rap français dans tous les Zéniths de France… nous vivons une époque très commémorative. Commémorer, c’est s’empêcher d’avancer ?

Trop commémorer, oui. Nous le disons dans notre dernier album, Rêvolution : « À trop regarder derrière, on ne voit pas ce qu’il se passe devant. » C’est bien d’être concentrés sur l’événement, mais pas de se rouler dedans. Nous fêtons l’anniversaire de L’École du Micro d’argent, mais avons aussi fait plus de 250 dates pour défendre nos deux précédents disques ! D’ailleurs, nous faisions peu de concerts il y a vingt ans – alors que l’album a cartonné – par rapport à aujourd’hui. C’est paradoxal !

Comment percevez-vous L’École ? Pyramide imprenable, monument indépassable ?

Il ne nous appartient pas ! C’est un album que nous avons fait avec la même passion que les autres. Artistiquement et médiatiquement, les planètes se sont alignées… Ombre est lumière est essentiel pour nous, moins dans l’esprit des gens. Pourquoi un disque va mieux marcher qu’un autre ? Nous n’en savons rien et tant mieux : ça fait partie de la magie de la musique qui n’est pas mathématique. Composer, c’est marcher au bord de la falaise…

Faut-il avoir la dextérité du Ninja pour composer un album comme L’École du Micro d’argent, entre fresque épique et chronique sociale, saga de samouraïs au quotidien des quartiers Nord de la cité phocéenne ?

Nous sommes tous de grands rêveurs… ancrés dans la réalité des quartiers ! Il faut souligner que La Guerre des Étoiles, Le Bon, la Brute et le Truand, les films de Kurosawa ou de Sergio Leone faisaient partie de nos vies. Nous sommes de la même génération que Tarantino et avons les mêmes références alors que nous sommes à des kilomètres les uns des autres. La révolution technologique fait qu’aujourd’hui les jeunes, de l’âge de mes enfants, sont nourris de milliers de choses.

On a souvent considéré NTM comme le groupe de “méchants Nique Ta Mère” et IAM comme le gentil grand frère, alors que NTM aussi chante Laisse pas traîner ton fils ou Pose ton gun… Finalement, la différence ne se situe-t-elle pas dans la dimension mystique à la Wu-Tang présente chez vous et totalement absente chez NTM ?

Contrairement à eux, nous avons vécu aux États-Unis où nous avons sorti notre premier disque. Le fait d’être entourés de très nombreux groupes de rap nous a forcé à trouver une voix originale : c’est à ce moment que nous avons rappé sur des rythmiques égyptiennes. Pharaon reviens utilisait déjà des samples de musique traditionnelle alors que personne ne le faisait, même pas aux USA. Quant au côté moralisateur, c’est un héritage du reggae, qui nous a tous beaucoup inspirés et qui est la musique du conseil ! Nous avons fait des conneries, avons trébuché, nous sommes pris des volées de bois vert dans la tête et voulions dire aux plus jeunes de faire différemment. Je pense que les quartiers populaires ont besoin de messages de ce type : sans ces expériences partagées, c’est l’individualisme et la horde sauvage ! Je préfère le paternalisme cul-cul à un déferlement d’incompréhension et de haine.

Demain, c’est encore loin ?

Oui car, comme il y a vingt ans, nous nous délectons de l’instant présent, en évitant d’être dans la projection permanente. C’est sans doute très méditerranéen de vivre sans songer au lendemain.

Au Zénith Europe (Strasbourg)

jeudi 09/11 (20h)

zenith-strasbourg.fr

 

Dernier album : Rêvolution

Réédition : L’École du Micro d’argent

www.defjam.com

Photo @Didier Deroin

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *