Édito

Édito

Le #balancetonporc qui inonde les réseaux sociaux et capte l’attention des médias, cristal lisant toutes les discussions nous gêne un peu. Pas pour la comparaison animale : les DSK et autres Weinstein présents dans les plus ou moins hautes sphères usent de leur pouvoir et influence pour se comporter comme des gros porcs gluants et méritent d’être considérés ainsi (avec tout le respect que nous avons pour les cochons). Le “balance” nous dérange davantage. C’est jubilatoire de voir Thelma, Louise ou les amazones tarantinesques de Boulevard de la mort en coller de belles aux machos dégoûtants, mais ça l’est moins d’être spectateurs de La Chasse menée contre Mads Mikkelsen, proie d’une com- munauté avide de vengeance aveugle, dans le long métrage de Thomas Vinterberg, où il est accusé – à tort – d’attouchements sur une enfant menteuse. Le #balancetonporc est-il la bande an- nonce d’un mauvais film, le signe avant-coureur d’un pugilat genéralisé envers la gent masculine qui va se faire arracher les c*** sur la place publique ? Pour l’humoriste strasbourgeoise Karen Chataîgner, qui a dédié son nouveau spectacle / conférence à l’épineux sujet de la maltraitance des femmes, ce hashtag est d’abord un cri, « l’expression d’une douleur », trop longtemps contenue. Et de dénoncer une société patriarcale où « la femme est considérée dès le plus jeune âge comme douce, sensible et à l’écoute des hommes qui, eux, foncent, prennent les décisions et se blessent les genoux ! Ceci explique pourquoi seulement 15% des entreprises sont gérées par des femmes. » Elle ne s’étonne guère que, dans ce contexte, « certains mecs se sentent autorisés à franchir les limites », allant de la blague graveleuse – « une fois, ça passe, deux fois, ça lasse, trois fois, ça casse ! » – au viol, en passant par le harcèlement ou la main au cul. D’autant plus que, face à des scènes de harcèlement ou d’aggression dont la plupart des filles sont un jour victimes, personne ne moufte ! Selon Karen, le #balancetonporc permet une prise de parole nécessaire, les femmes demeurant trop souvent muettes face à l’hostilité à laquelle elles sont confrontées. « Une langue en délie une autre et le partage devient bouclier à la violence », résume celle qui est allée à la rencontre de juristes, avocats, historiens ou associations afin de construire un show où elle incarne des personnages cartoonesques faisant un état des lieux peu reluisant d’un monde où, « lorsqu’une femme dit “non”, certains persistent à entendre “oui” ». À ses côtés, écrivons et gueulons-le haut et fort : #STOP !

Emmanuel Dosda

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