PEINTURE NON PERTINENTE

PEINTURE NON PERTINENTE

La Galerie Jean-François Kaiser accueille la première exposition personnelle du peintre Marius Pons de Vincent. Formé à la HEAR. Il tourne le dos au nu, réinvestissant l’espace de l’atelier. # Laurent Perez

Votre exposition débute par un grand tableau issu de Baignade surveillée, une série sur les naturistes…

Quand j’étais aux Arts déco j’ai commencé à collecter et à imprimer des images photographiques de cachet amateur. J’ai fait pas mal de tableaux comme ça, avec des exercices de secourisme, des mannequins qui devenaient un peu érotiques, du sport junior, des podiums, des petits cavaliers… L’envie de faire des nus est venue en regardant de la peinture, et j’ai commencé à visiter des blogs, des tumblrs à thème naturiste, nudiste. J’ai passé beaucoup de temps là-dessus et réalisé une vingtaine de tableaux. Des chantiers assez laborieux, assez longs.

Votre peinture actuelle s’inscrit en réaction contre cette façon de peindre…

Au fil de la série, j’ai senti que j’avais vraiment besoin de gagner en liberté. J’éprouvais une forme d’ennui, je me sentais un peu étriqué… J’ai compris qu’il fallait trouver un moyen de travailler de façon plus généreuse, plus gratuite, d’aller plus vite.

Photo de Benoît Linder pour Mix

Comment vous y êtes-vous pris ?

J’ai fabriqué une coiffeuse dans mon atelier, puis engagé cette série de petits autoportraits sur bois, avec laquelle j’ai retrouvé une vraie joie à peindre. L’idée n’est pas de me raconter. Je me suis assez vite tourné vers les profils. C’est la partie de mon visage que je connais le moins, et cela me permettait d’exclure la psychologie et les humeurs que porte toujours un portrait de face, au profit de traits de caractère. J’en ai peint une trentaine, parfois en un jour ou deux, parfois un peu plus. Il y en a que je trouve mauvais, que j’abandonne et que je termine rapidement des mois plus tard. C’est un peu comme des gammes. Mon ambition est de me renouveler à chaque fois, aussi bien dans l’écriture graphique proprement dite que dans la couleur, de raconter une histoire différente, sans souci de continuité ou de réalisation académique…

Il entre maintenant dans votre travail une dimension aléatoire…

J’aime de plus en plus découvrir les tableaux en les faisant, sans partir d’une narration construite. J’aime bien prendre ce risque. Il y a des objets qui viennent, qui passent dans le tableau, qui se rencontrent, et puis on voit comment ça fonctionne… Le travail sur le nu, j’avais presque fini par trouver ça trop sérieux. Ça m’a toujours embarrassé d’être pertinent. Ce n’est pas mon métier. Il y a des artistes – je pense au peintre afro-américain Kerry James Marshall – qui réussissent le tour de force de faire de très beaux tableaux engagés. Mais enfin, au bout du compte, ce qu’on cherche tous à faire c’est de bons tableaux. Quand tu fais les choses par hasard, que les choses se racontent naturellement, tu t’échappes un peu plus mais tu t’appartiens aussi un peu plus, paradoxalement.

 

Jusqu’au 24/06

Galerie Jean-François Kaiser (Strasbourg)

www.jeanfrancoiskaiser.com

www.mariusponsdevincent.com

Peinture: Studio 3 (Aurélie), 2017, photographie © Emilie Vialet / Guillaume Greff, Courtesy Galerie Jean-François Kaiser

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *